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21.03.2009
Et après ?
Le 19 mars 2009 restera une date importante pour le mouvement social. Est-ce pour autant la date d'un « tournant » ? C'est peu probable.
Il faut revenir à des aspects fondamentaux du cadre politique tel qu'il a été redessiné par le président Sarkozy.
D'une part, la confusion -volontaire- entre présider et gouverner. C'est son premier « accroc » à la pratique antérieure et à l'interprétation de la Constitution de ceux qui l'ont précédé. Nous ne sommes nullement passés dans un régime « présidentiel » mais dans un système profondément personnalisé dans lequel le président gère tout avec ses « collaborateurs », qui ont avec lui un lien personnel et non politique.
Le gouvernement tel que le prévoit la Constitution encore en vigueur est rabaissé, les contre-pouvoirs affaiblis ce qui crée une situation où toute difficulté se répercute sur la tête de l'Etat, sans échelon intermédiaire. Ce que le président ne peut ou ne veut pas résoudre ne trouve pas de solution.
D’autre part, l’approche politique n’est plus idéologique, mais dogmatique. C’est ce que la crise est en train de mettre en évidence pour ceux qui auraient pu en douter. Le président a des idées bien arrêtées sur la société telle qu’il la souhaite. Son pragmatisme apparent n’est que de façade : Il excelle dans l’exploitation permanente des écrans de fumée qu’il crée pour ne pas prendre en compte une situation qui ne va pas dans son sens. Le dernier exemple en date est l’annonce d’une législation « anti-bandes » au moment où la crise sociale et économique s’aggrave dans le pays. Cette « diversion » prend la place que devrait occuper la considération du chômage croissant et des conséquences qu’il devrait entrainer sur la politique économique sociale et fiscale du gouvernement.
Les lunettes à travers desquelles le président voit la France correspondent au paysage de Neuilly sur Seine. Avant même d’être élu, J.P. Raffarin disait qu’il tentait d’expliquer à N. Sarkozy que la France ne se réduisait ni ne se résumait à Neuilly. Manifestement il n’a pas réussi à améliorer sa vision.
De par son expérience politique, toujours limitée au cadre de la « Haute classe » qu’il envie et admire et certainement par un manque total d’empathie envers le « petit peuple » ou même le peuple tout court, il ne comprend pas la gravité d’une situation économique et sociale comme celle que nous vivons pour ceux –et ils sont la majorité – qui se situent au bas du panier.
Ses références politiques et plus encore économiques s’appuient sur les idées de Margaret Thatcher et de Donald Reagan, les deux initiateurs de cette « révolution conservatrice » qui dans les 30 dernières années à dominé le monde. Et c’est justement au moment où ces idées s’effondrent, où elles démontrent leurs limites et leurs dangers qu’il y suscrit, poussé par cette admiration envers une certaine idée des Etats Unis, celle qui a brulé ses derniers feux avec George W. Bush et qui se ternit maintenant avec Barack Obama. M Sarkozy voudrait faire monter la France dans un train qui s’est déjà écrasé contre le mur.
C’est ainsi que contrairement à la plupart de responsables, des professionnels et technicien de l’économie, il soutien sans dévier sa version de la « politique de l’offre » qu’illustre sa loi TEPA. C’est ainsi qu’il continue à affirmer de la manière la plus catégorique que le plan qu’il a décidé d’appliquer lors de son élection est le bon et ne nécessite pas de réorientation et plus particulièrement qu’il refuse tout aide conséquente au pouvoir d’achat des plus défavorisés.
Ce plan, qu’il a conçu aidé fortement par F. Fillon entre autres, a été pensé entre 2002 et 2005, à un moment où la situation économique ne s’était pas encore dégradée et où la croissance factice appuyée sur l’endettement (qui répondait à la « diminution » des impôts) faisait encore illusion, aux Etats Unis, en Espagne, au Royaume Uni, en Irlande etc. C’est le Sarkozy penseur de ce plan qui voulait implanter en France un système de prêts hypothécaires fondés sur la valeur de marché des biens et non sur les revenus des emprunteurs. Exactement la logique des désormais fameux « subprimes » qui ont été le détonateur de la crise actuelle et le mauvais composant qui rend si difficiles et si couteux les efforts pour la limiter, sinon la résoudre.
Ce dogmatisme est en jeu dans un pays qui déjà avant la crise était endetté à un point qui limitait ses possibilités d’action. Il faut parler un peu chiffres : Le service de la dette était déjà en 2007, avant la crise, le troisième poste en importance du budget de l’Etat. C’est une constante des gouvernements de droite qui font exploser la dette en contrepartie de la diminution des impôts sur le revenu.
Sous la présidence Mitterrand la dette se situait avant la cohabitation à 45% du PIB. Elle explose sous E. Balladur (dont le ministre du budget était N. Sarkozy) à 55% du PIB, puis dans la première présidence Chirac, avec A. Juppé à 58%. L. Jospin réduit la dette de 5 points, à 53% du PIB mais elle explose à nouveau sous J.P. Raffarin à 65% du PIB. En 2007 nous en étions à 68%.
Pendant ce temps, les prélèvements obligatoires sont restés à peu de chose près stables, aux environs de 44% du PIB. La promesse de N. Sarkozy de les réduire n’a pas plus été tenue que les autres, sauf celles d’aider ceux qui n’en ont pas besoin.
En même temps, depuis J.P. Raffarin, la décentralisation a vu le transfert de charges vers les collectivités locales sans la compensation économique adéquate. En d’autres mots, les réductions d’impôts nationaux ont été « payées » par un accroissement inévitable des impôts locaux. Une autre manière de lire ceci est de constater que les réductions d’impôts qui favorisent ceux qui ont une forte capacité d’épargne sont financées par la hausse d’impôts requise pour maintenir les appuis sociaux qui concernent avant tout les plus pauvres.
Cette situation est aggravée par la structure des rentrées fiscales, lorsque l’on constate que les rentrées dues à la TVA représentent 49% des rentrées totales alors que l’impôt sur le revenu ne représente que 17% et l’impôt sur les sociétés 17% également. C’est l’impôt lié à la consommation, le moins distributif, celui qui pèse le plus sur les moins favorisés qui alimente presque la moitié des rentrées fiscales.
N. Sarkozy peut-il changer ?
Ses prédécesseurs, moins dogmatiques que lui, ont tous utilisé la technique du « fusible » Le premier ministre, sous l’orientation politique générale du président, gouvernait le pays. En cas de difficulté grave et en particulier en cas d’une situation politique, économique ou sociale nouvelle, un changement de premier ministre permettait « d’évoluer » afin de mettre en place une gestion plus adaptée à la réalité. Ce fonctionnement courant de la Constitution sauvegardait l’Etat des écueils majeurs.
Aujourd’hui, N. Sarkozy s’est si profondément et si intégralement identifié à une ligne politique étroite ; cumulant toutes les décisions il a tellement réduit la capacité des échelons intermédiaires que tout changement passe par la tête de l’Etat.
Il faut être un très grand homme politique pour être capable de renier la ligne précédemment suivie et accepter de mettre en place une autre, assez contraire à la précédente mais répondant mieux aux nécessités du pays.
N. Sarkozy a largement démontré ses capacités de « communiquant » mais cette habileté, sans cesse sollicitée, a déjà donné tout ce qu’elle pouvait et en tout état de cause n’est pas suffisante pour répondre à la gravité de la crise et encore moins à l’angoisse qu’elle engendre.
Il a également montré lors de son élection comme lors de la présidence française de l’U.E. son habilité comme « chef de guerre » prenant d’ailleurs particulièrement soin de tourner essentiellement à l’avantage exclusif de son image les actions accomplies. Mais aujourd’hui sa remarquable capacité à vibrionner n’apporte aucune réponse aux problèmes de l’heure et de ce fait ne fait, encore une fois, qu’alimenter un rideau de fumée pendant que la situation s’aggrave chaque jour d’avantage.
Peut-il changer ? Ce serait souhaitable, car la crise ne fait que commencer. En est-il capable ?
Alors, que faire ?
Les syndicats ont parfaitement compris les voies –limitées- qu’ils peuvent emprunter et leur union en est la meilleure preuve. Difficile aujourd’hui d’imaginer combien de temps pourront-ils être les gestionnaires de la colère qui ne peut que grandir alors que le chômage continue à croître et le pouvoir d’achat à décroître.
Et les politiques ?
Le plus dangereux serait certainement que profitant du désarroi, certains mettent de l’huile sur le feu et promettent ce qu’ils n’auront jamais les moyens de tenir dans le but d’augmenter leur audience.
L’appui de toute la gauche, de la gauche la plus large possible à l’action des syndicats est indiscutablement une première et inéluctable obligation.
Les améliorations, les réorientations qui peuvent être obtenues à court et moyen terme pour défendre les chômeurs, les laissés pour compte et ceux qui ont encore un travail ne peuvent être obtenues que par l’union des syndicats renforcée par le soutiens de tous les citoyens, les militants et sympathisants politiques de gauche en tête.
La recherche d’un cadre d’entente politique doit être la suite logique et immédiate. La priorité n’est pas de mettre en avant les points de divergence, mais au contraire, les seuls points de rapprochement autour desquels peut et doit se constituer une alternative pour sortir du marasme.
De la même manière que les huit syndicats, de la CGC à Solidaires, les partis de gauche, comme l’avait laissé envisager la déclaration du « Front Commun des partis de gauche » après la mobilisation du 29 janvier doivent suivre l’exemple. Les élections européennes n’ont pas bénéficié de cette logique. Il faudrait que ce soit la dernière fois qu’une opportunité est perdue.
Jorge Castro
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Commentaires
Bonjour
oui il nous faut un accord politique à gauche, un accord reposant sur des bases politiques solides afin de ne pas entrainer de graves désillusions. La question européenne est effectivement centrale tant la construction europénne pèse sur les choix politiques nationnaux.
Or je pense que c'est précisément là que persistent des points de blocages.
Pour moi, militant de gauche,la question est bien celle du choix entre une construction européenne libérale, où le sociale n'est traité qu'à la marge et une europe réglementée, où le social, les services public, la maitrise publique des moyens de production et des transports, ... deviennent premier, en résumé une europe faite pour répondre aux besoins des peuples et non pas aux exigences des détenteurs privés des moyens de production.
Amicalement
Raymond Besco
Écrit par : besco | 25.03.2009
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