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06.04.2009
Encore « Du sang et des larmes » ?
Depuis un peu plus d’un demi-siècle nos pays ont vécu deux grandes étapes : La première entre la fin de la deuxième guerre mondiale et 1979 (Premier gouvernement Thatcher) ou 1981 (Premier mandat de Ronald Reagan).
Les sociétés se sont reconstruites sur la base d’une sorte de « compromis tacite» qui comportait, notamment en France, le programme du Conseil National de la Resistance, soit un ensemble d’orientations sociales qui ont permis de créer ou améliorer ces fameux « amortisseurs sociaux » et une distribution de richesse entre travail et capital grâce à laquelle nos sociétés ont connu une forte amélioration de la situation des travailleurs et de la classe moyenne.
Depuis les années 1979/1981 jusqu’à fin 2007, la « révolution conservatrice » qu’ont incarnée les deux gouvernants anglo-saxons a dirigé le monde et fourni la base intellectuelle à la pensée dominante sociale, économique et politique.
Les inégalités qui avaient notablement diminué entre 1945 et 1979 se sont depuis développées à nouveau à un rythme fort aux Etats Unis et en Angleterre, ainsi que dans d’autres pays. Cette tendance s’est également développée en France, moins brutalement, mais dans la même orientation.
Le gouvernement de N. Sarkozy devrait être dans notre pays celui qui marque la plus forte accélération de la « révolution conservatrice » alors même que la crise des « subprimes » marque la chute mondiale de cette idéologie comme l’effondrement du mur de Berlin avait signifié la chute du communisme soviétique.
Personne n’est aujourd’hui capable de pronostiquer la forme que prendra la crise dans les 12 ou 24 mois qui viennent ni comment on en sortira. Si tout un chacun comprend que les changements seront majeurs, personne ne peut encore dire quels seront-ils et encore moins dans quel ordre ils interviendront.
Mais une partie de la réponse ne laisse aucun doute possible : Ceux qui paieront le prix le plus élevé à cette catastrophe qui ne fait que commencer seront les 40% ? 50% ? 60% ? les plus faibles, à un tel point que leurs conditions de vie –de survie- et celles de leurs enfants peuvent radicalement empirer.
Il y aura un changement de société, mais vers où et de quelle manière ? On peut imaginer que la société américaine, si les « atouts » d’Obama se confirment, évoluera vers plus de démocratie réelle, vers moins d’inégalité, vers moins d’esprit colonialiste, malgré les freins considérables qui subsistent à l’intérieur. Etant donné le rôle que jouent les Etats Unis dans le monde, ce serait une bonne chose pour tous.
Mais que dire de la France ? L’idéologie –le dogmatisme- d’un libéralisme reaganien à contre temps peut avoir un effet dévastateur sur ces « amortisseurs sociaux » que sont l’existence d’une sécurité sociale –qu’on dévitalise à toute vitesse depuis le gouvernement Raffarin, notamment pour ce qui concerne le système de santé- d’un système de retraite indiscutablement plus sécurisant et fiable que toutes les hypothèses de capitalisation existantes, d’une école publique vraiment universelle et efficace, d’un logement social aidé certes insuffisant, mais représentant tout de même une véritable solution vitale pour des millions de personnes (Les seuls Offices HLM logent près de 2 millions de ménages).
Le démantèlement, pour le moment partiel mais constant, de ces secteurs publics au profit du secteur privé, accompagnés de la défense de l’individualisme comme orientation sociale centrale, du culte de l’argent et des « gagneurs » accroît le clivage entre les groupes sociaux et aggrave la situation des moins favorisés.
Alors on ne peut pas esquiver les questions désagréables et difficiles. Pour la gauche et plus particulièrement pour le Parti Socialiste, il est urgent de commencer à proposer des réponses, du moins des orientations très élaborées, claires et mobilisatrices à une population déroutée par les problèmes réels et les écrans de fumée constants d’un gouvernement sourd.
Toutes les interventions, bonnes ou mauvaises, de lutte contre la crise se font avec de l’argent public. Il est impératif de définir comment ces actions, lors de la sortie de la crise seront réorientées au profit de la société dans son ensemble dans le court terme, mais aussi dans le moyen et le long terme.
Par exemple :
-Ne pas lutter contre la crise c’est laisser les pays s’enfoncer. Il faut veiller à ne pas léguer à nos enfants une montagne sans fin de dettes, c’est certain. Mais encore moins un pays dévasté, qui serait pour eux une charge autrement plus lourde à porter.
Or, il n’y a pas de solution de lutte contre la crise sans endettement des Etats. Selon la puissance des plans l’endettement sera majeur ou mineur, selon sa pertinence il sera plus ou moins efficace, mais dans tous les cas il y aura un « endettement largement supplémentaire » à celui que préexistait à la crise.
Il est donc impératif de penser dès à présent le cadre fiscal qui accompagnera la sortie de crise et cela doit être fait globalement.
En France en particulier, il n’est pas possible d’aller plus loin –il faudrait même sérieusement revenir en arrière- dans ce jeu trompeur qui consiste à diminuer des impôts « très visibles » au niveau national et compenser cette diminution par la création de taxes diverses et surtout le transfert des obligations de l’Etat vers des collectivités locales qui doivent les financer par leurs propres impôts.
En raison d’une simple question de véritable justice, mais également en tenant compte de la difficulté des situations que la crise est déjà en train de créer et qui seront très longues à résorber (chômage, pouvoir d’achat écorné, difficultés de logement, santé à deux vitesses, etc.), la fiscalité de la personne doit être reconsidérée globalement : impôts nationaux et locaux mais aussi taxes sur la consommation. La pression fiscale doit plus que jamais tenir compte de la capacité d’effort et être fortement redistributive.
-Jusqu’à quel niveau d’endettement faudra-t-il recourir pour éviter l’effondrement de la société ? Le niveau de cette dette sera considérable (Le Japon, par exemple, après une crise de très longue durée navigue avec une dette de l’ordre de 250% de son PIB) Quelle est la « fraction » du PIB annuel qui pourra raisonnablement être dédiée à la résorption du déficit sans mettre en cause la capacité à continuer de soutenir la société dans son ensemble? C’est le drame auquel ont eu à faire face (et pour certains, doivent encore faire face) les pays sous-développés pris dans le désastre de la dette des années 80.
Comment résorber les dettes sans perdre tout moyen d’action. Quelle option pouvons-nous proposer ?
-L’argent aux banques, pas aux banquiers : C’est une jolie formule, mais un peu trop passe-partout. On peu y faire entrer aussi bien une nationalisation classique (cas de Northern Rock en Angleterre) qu’un simple financement passager sans aucun droit au contrôle de la gestion, comme l’a fait le gouvernement Sarkozy en France. Or, il y a deux aspects au problème :
Oui, il faut « sauver » les banques aujourd’hui car leur effondrement pourrait être le prélude à un effondrement général de l’économie et donc à une crise sociale sans précédents.
Non, il ne peut être question de se contenter d’injecter de l’argent public en les laissant continuer sur la même voie qui a conduit au désastre.
Il faut donc non seulement définir clairement de quelle manière intervient la puissance publique (nationalisation totale ou partielle, partenariat avec prééminence réelle pour la puissance publique, c’est à dire participation générale et majoritaire à la gestion, à l’orientation, au fonctionnement, mais également définir comment on conçoit dorénavant le rôle de la finance dans l’économie (et pas seulement des banques).
Le premier résultat du G20 de Londres prône un contrôle plus important des mouvements financiers, mais ne modifie en rien ni la structure ni l’orientation de la finance. Son application, si elle est faite sérieusement peut limiter les possibilités d’un autre scandale type Madof, la tricherie fiscale la plus grossière, mais ce ne sont pas ces nouvelles contraintes qui réorganiseront la finance comme un outil de l’économie et encore moins comme un outil au service de la société.
-La crise va accélérer des changements technologiques majeurs dont certains commençaient à être visibles ; d’autres seront nécessaires pour des pans entiers de l’outil productif qui ne pourra pas se contenter de revenir à la situation antérieure. Une réorientation « verte » et « durable » devrait être une des caractéristiques –heureuses- du changement technologique.
Il faudra accompagner cette évolution avec des investissements très conséquents dans la formation et la recherche. La recherche publique, d’abord. Car contrairement aux laïus à la mode, c’est elle qui a permis à un pays comme la France d’avancer, là où la recherche privée n’était que secondaire.
Aider la recherche publique ET privée est nécessaire. Avec quelles contraintes pour la recherche privée?
Faut-il se contenter de l’arme fiscale (crédits d’impôt recherche, etc) ou faut-il revenir au moins partiellement à des vieilles formules éprouvées à l’exemple du MITI Japonais des « trente glorieuses » ?
Si on le juge avec beaucoup de bienveillance, c’est en partie l’idée des « Clusters » sauf que là aussi, l’initiative privée est prépondérante et l’incitation publique insuffisante.
-Avec un changement technologique accéléré prenant le relais de la crise, le nombre de chômeurs et de personnes en situation précaire pourrait fortement augmenter si on se contente des structures et moyens d’aide actuels de lutte contre le chômage et la précarité.
Une première réponse devrait porter sur l’effort à faire auprès des entreprises pour maintenir le maximum de personnes possibles en emploi pendant que le changement technologique a lieu. C’est la meilleure manière de les « former » à l’évolution tout en leur évitant la catastrophe du chômage massif.
Pour ce faire, quelle aide aux entreprises ? Sous quelle forme ? Avec quelles contraintes et contreparties ?
-C’est une « économie de reconstruction » qu’il faudra mettre en place pour sortir durablement de la crise et c’est un partage juste des efforts qu’il faut envisager. Ce sera d’autant plus important que, la crise étant générale, il n’y a pas à attendre d’aide extérieure. L’entraide peut et doit exister ; le sauvetage externe, dans le style « Plan Marshall » de 1948 certainement pas.
Pour pouvoir défendre un tel cadre, il faudra être capable de proposer une structure sociale différente, viable, possible et équilibrée. C’est ce que le programme d’un parti politique, quel qu’il soit, doit élaborer pour avoir une chance de conquérir le pouvoir et assumer le rôle redoutable de résorber les sombres situations humaines, sociales, économiques qui découleront de ces invraisemblables années 2000.
Un tel pari devrait être mené à bien accompagné d’une confiance forte dans la capacité de jugement des citoyens : Refuser toute infantilisation, rendre publiques toutes les analyses qui soutiennent les propositions, établir des priorités claires, ne pas accepter la surenchère de ceux qui n’ayant nullement l’intention –ni la possibilité- de gouverner effectivement le pays, s’érigent en censeurs de la bonne parole et de la bonne ligne politique hors de laquelle il n’y aurait que le mensonge ou la trahison.
Jorge Castro
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