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25.11.2009

L’identité nationale c'est d'abord l'égalité

Jean-Paul Huchon a souhaité rappeler ses priorités pour l’égalité de tous les Franciliens à l’occasion d’une invitation de la fondation FACE qui lançait son réseau « Egalité » le 5 novembre. Il a également fait entendre sa voix à propos de la consultation lancée par le Gouvernement sur le thème de l’identité nationale.


« Mesdames et Messieurs,

Il y a dans la vie des hasards heureux. Organiser ce premier Rendez-vous du « Réseau égalité » Ile-de-France trois jours à peine après l’organisation par le gouvernement d’une grande consultation sur l’identité nationale en est un. Même si je ne suis pas dupe du choix d’ouvrir un tel débat à l’approche des élections régionales –je n’ai pas l’impression que ce soit fait spécialement pour favoriser mon élection- je n’ai aucun problème avec les valeurs de la République. Surtout si on sort du débat forcement réducteur de l’exhibitionnisme des symboles de la République. Etre Français, pour moi, ce n’est pas seulement chanter la Marseillaise une fois par an. Etre Français, ce n’est pas seulement exhiber un drapeau. La Marseillaise comme le drapeau français appartient à tous. Pas à quelques uns.

C’est un trait propre à notre pays. La France est avant tout une Nation civique. Ce n’est pas un Nation ethnique. C’est encore plus le cas dans la Région que j’ai l’honneur de présider. La France est un pays d’immigration. L’un des plus importants au monde avec les Etats-Unis. Notre force, c’est d’avoir toujours su intégrer dans la société des immigrés. Nous avons réussi parce que l’identité de notre pays est forgée par notre éducation. Etre Français, c’est partager une même langue, un même héritage historique, une même culture, un même modèle social.  Etre Français, c’est aussi et surtout savoir affirmer des valeurs. Les valeurs de la République. Des valeurs universelles. Des valeurs qui appartiennent à l’ensemble de nos concitoyens.

Et parmi ces valeurs figure en toute première place celle de l’égalité. Une valeur qui n’est pas seulement là pour faire joli sur le frontispice des Mairies. La devise de la République, « Liberté, égalité, fraternité » est la plus belle des réponses qui soit au débat lancé sur l’identité nationale. Parce qu’elle ne s’enferme pas dans un cadre figé. Parce qu’elle porte un magnifique message d’émancipation. Comme le soulignait très bien le philosophe et sociologue Célestin Bouglé, « il ne faut pas seulement aimer sa patrie parce qu’elle est le lieu des souvenirs communs, mais parce qu’elle est le lieu des communes espérances ».

Le Réseau Egalité ne dit pas autre chose. Le thème de l’identité nationale est un thème qui peut et qui doit nous rassembler. Il ne doit pas servir à stigmatiser. Pour rassembler, il faut cependant être clair dans sa tête, avec sa propre identité. C’est mon cas. C’est le cas des animateurs du Réseau Egalité. C’est la seule solution pour porter de communes espérances. Et je trouve paradoxal, presque comique, de faire lancer un débat sur l’identité nationale par quelqu’un qui n’a plus la même identité !

Il faut le dire et le répéter : le combat pour l’égalité reste un combat de tous les jours. Un combat de tous les instants. Les discriminations en raison du sexe, de la couleur de peau, du nom, des origines ou encore du lieu d’habitation constituent un véritable poison pour la société française. Au sein des entreprises mais pas seulement. Tous les jours, je rencontre des franciliens issus de la deuxième génération, voire de la troisième génération. De quoi me parlent-ils ? D’identité nationale ? Non. Ils sont français. Ils n’ont pas de problème avec les valeurs de la République. En revanche, ils ont des problèmes pour accéder à l’emploi. Pour accéder à un stage. Et il faut le dire, la crise qui frappe notre pays depuis un an n’a pas arrangé les choses.

Comment agir alors pour lutter efficacement contre les discriminations ? Plusieurs voies ou antidotes existent. La voie la plus communément usitée est celle de la déclaration de principes. Lutter contre les maux (m-a-u-x) avec des mots (m-o-t-s). En créant une sorte de droit opposable à l’égalité. Comme vous devez le deviner, ce n’est pas vraiment la voie que j’affectionne. Par expérience, je me méfie toujours des grands textes proclamatoires  sans portée réelle. Ma préférence va toujours à la voie de l’action. C’est la raison pour laquelle nous avons besoin du Réseau Egalité Ile-de-France. C’est la raison pour laquelle le Conseil régional le soutient activement.

Le mur du silence ne peut se briser tout seul. Il faut des outils. L’équivalent en droit d’une masse. Le Réseau Egalité en est une. Je sais qu’il existe d’autres. Mais on n’en a jamais assez. Plus les outils permettant de lutter efficacement contre les discriminations seront nombreux, mieux ce sera. Les objectifs du Réseau Egalité sont efficaces car ils mêlent habilement pédagogie, sensibilisation, mobilisation des entreprises, mutualisation des bonnes pratiques et actions concrètes pour agir sur les processus discriminatoires. Les blocages se construisent collectivement. Ils doivent disparaître de la même manière. C’est la force du Réseau Egalité. Un Réseau qui favorise une vraie stratégie inter-institutionnelle. Un Réseau qui place au cœur de sa démarche l’action partenariale.

Je conclus.

La richesse la plus importante de l’Ile-de-France, ce sont ses habitants. Tous ses habitants. Nous sommes une terre de confluence. Un creuset généreux pour tous nos enfants. Alors que de nombreux pays lisent avec angoisse leur courbe de natalité, notre Région sait qu’elle peut compter sur les forces de sa jeunesse. Sur son imagination. Sur son enthousiasme. Les bâtisseurs d’avenir, ce sont d’abord eux. Ces collégiens, ces lycéens, ces jeunes apprentis, ces étudiants sont notre avenir. Ils inventent au jour le jour l’excellence de demain. Dans la culture, dans le sport, dans la création d’entreprises ou dans l’innovation technologique. Mais pour cela, l’égalité doit être pleinement au rendez vous. J’en profite d’ailleurs, et ce sera mon dernier mot, pour vous inviter, toutes et tous, à la Semaine de l’Egalité que Conseil régional organise en partenariat avec la Halde et Acsé et qui se tiendra du 30 novembre au 4 décembre prochain.

C’est de cela dont nous avons besoin, d’un débat sur la capacité des jeunes de notre pays à trouver leur place dans la cité. Pour trouver leur place dans la cité, je ne pense pas qu’il y ait besoin d’un grand débat artificiel sur l’identité. Ce dont nous avons besoin, c’est d’égalité réelle, de la possibilité offerte à ces jeunes de donner toute leur mesure. Nous n’avons pas besoin d’une société qui se déchire sur des débats, mais d’une société qui se retrouve sur des valeurs. Merci. »

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